MERCI ! GRACIAS VERY MUCH !

Un dernier petit post qui a toute son importance à nos yeux.

Nous avons eu la chance de vivre des expériences extra-ordinaires tout au long de cette traversée qui compte 3800 kms de coups de pédales. Nous souhaitions retranscrire au mieux ce que nous avons vu et vécu dans ces 3 pays merveilleux. Nous avons pris plaisir à rédiger ce blog !

Nous comptabilisons plein de beaux commentaires sur ce blog et vous seuls en êtes responsables  !! Nous ne voulons pas faire de “broderies” et de “gnan-gnan teries” mais nous voulions simplement vous remercier pour tous ces témoignages et encouragements ! Sachez que nous nous remémorions souvent vos phrases dans les moments difficiles où nous étions seuls sur nos vélos, en pleine côte, avec du vent de face… ! Nous avions alors un petit sourire en repensant à vos posts ou en regardant les autocollants collés sur nos montures !!

Nous ne nous étendrons pas plus alors MERCI à nos familles, à nos amis, à nos collègues, à nos rencontres, aux personnes qui nous ont lu par hasard,… bref à vous tous !

A VOUS MAINTENANT ! Julien se propose pour des petits cours pratiques sur la mécanique des vélos et Sandrine organise des sorties “remise en forme” si nécessaire ! Le tout se fera à Chavannes et chaque session se clôturera par un verre de l’amitié ! Bienvenido !!

L’équipe casse croûte rend l’antenne pour la dernière fois :

“En direct de chavannes, à vous les studios…”

Vamos a la casa…

Nous rentrons dans Lima en bus afin de mettre toutes nos chances de notre côté pour finir ce voyage sereinement. Lima compte plus de 8 millions d’habitants, tout objet roulant ayant moins de 4 roues et sans klaxon n’est pas le bienvenue… Nous rallions le centre de Lima de nuit (à 18h) et nous n’en menons pas large en jouant les funambules sur une bande de 30 cm de large. Au détour d’un quartier, nous tombons nez à nez avec la catédrale de Lima qui trône sur la superbe Place des Armes… Quel spectacle ! Nous trouvons un petit hôtel sympa au style “romain”… des bustes de César, de grands tableaux et divers sculptures décorent cette vieille batisse proche du centre ville. Il y a un bon lit, de l’eau chaude et une petite terrasse pour profiter du calme du quartier… Nous retrouvons même Gilles que nous avions quitté quelques jours plus tôt lors de notre approche de Nasca !

Nous complétons notre tour culturel par les visites de musées, catacombes et petites échoppes de rues… Nous nous sentons bien dans cette ville que de nombeux voyageurs nous avaient pourtant présenter comme grise et bruyante.

Nous profitons également de petites échoppes ambulantes tenues par des “médecins de rues”… Il y aura toujours un vendeur d’ “emolientes” qui tire dans sa carriole dans un quartier. Un “emolientes” est un genre de tisane que notre “médecin de rue” compose de divers liquides colorés au gré de nos maux… Il a la solution aux maux de tête, aux brûlures d’estomac, aux “lendemain difficiles”, à la paraisse du matin… Un vrai docteur !

Parmis les nombreuses choses qu’il nous reste à visiter ou à goûter, il y a le CUY… Spécialité culinaire de la région montagneuse de Cusco, le Cuy (prononcer couil_e) est un petit rongeur connu également sous nos contrées pour divertir les enfants… il tourne dans une roue… Oui, vous l’avez ?! Et bien il n’y a pas grand chose à manger ! (Désolés pour les âmes sensibles… regardez d’un peu plus près la 2ème photo et vous verrez ces deux petites dents… !)

Après 3 jours dans la capitale péruvienne, il est temps de se préparer pour notre long voyage dans l’oiseau d’acier ! Le voyage “aller” nous a appris quelques subtilités organisationnelles et Julien n’a plus le droit de dire “On est large” … Nous voilà chez un “couturier” pour lui commander deux grands sacs en toile résistante pour mettre nos montures, puis direction quelques magasins pour récupérer de quoi faire du PISCO SOUR et enfin nous nous rendons au marché pour acheter de grands sacs plastiques pour “cacher” tout ça. Opérations rondement menées et Julien profite même d’un petit laps de temps pour se refaire une beauté (coupe de cheveux et rasage de frais) vite fait mal fait… Il en ressort avec une coupe “Olé Olé” mais allégé seulement de 2,5 €… “Julien à Sandrine : Ah bah ce n’était pas cher et vite fait… et puis ça repousse…”

Le lendemain, nous sommes à l’aéroport 4 heures avant le départ ! Nous voilà entrain d’emballer nos montures pour leur dernier voyage, nous sommes au top … les gestes sont précis et assurés… c’est beau !! Nous devons la jouer fine pour ramener tout notre bazar… les bouteilles de Pisco se retrouvent attacher aux roues arrières des vélos, sous le porte bagage !

Nous passons l’enregistrement puis les différents contrôles presque sans ennuis !! Nous sommes encore un peu en retard et un relais de femmes d’hôtesse de notre compagnie aérienne nous attend sur notre trajet pour nous presser. Elles sont munies de talkie walkie pour indiquer notre avancée à l’oiseau d’acier : “ils sont à l’enregistrement, ils sont à la douane, il leur reste 200 mètres !….”. “Ouahou… nous sommes arrivés ! Nous voilà assis dans l’avion, prêts au décollage et nous réalisons petit à petit ce qui se passe… la gorge est serrée, nous nous regardons et nous savons ce que ressent l’autre. Pas évident après 4 mois de vie commune à gambader les terres sud américaines avec insouciance !!

“Mesdames et Messieurs Bonjour, ici le commandant de bord, nous arrivons à Paris, il est 15h30 et la température extérieure est de 20 °C”… Ouh cette fois ça y est !

Nous remontons le matos sur pied en “deux-deux” et nous nous remémorons les “galères” de l’aller… Maintenant nous transitons avec facilité sur les divers escalators, passages étroit et tohu-bohu de la foule ! Nous aurions presque eu le temps de faire une bise au technicien de Aéroport de Paris qui nous avait dépanné d’une clé pour démonter les pédales…

Une fois le matos remis sur pied, nous partons vers le quai du TGV pour enfin nous poser à Lyon chez Alex et Rémy ! Ils nous accueillent chaleureusement autour d’une bouteille de rosé, de saucisson, de fromage et de bon pain… MERCI !!

Nous quittons Lyon par le train pour aller jusqu’à Vienne où nous comptons emprunter le Voie verte pour les derniers kilomètres qui nous séparent de Chavannes ! Nous sommes un petit peu morose, “kuçi kuça” comme on dit, quand nous rencontrons 5 visages tout sourire sur le quai de Vienne ! Les collègues de  Sandrine ont du prétexter une gastro fulgurante et les voilà tous ensemble sur le quai ! Merci à vous tous, la surprise fut de taille et nous a fait du bien !

Nous prenons la Voie verte à Vienne pour aller à notre rythme jusqu’à Chavannes. Cette voie est une pure merveille asphaltée qui nous fait traverser des vergers et de superbes points de vues sur des milieux préservés le long du Rhône !

Nous arrivons à Chavannes après avoir roulé 80 km dont une bonne partie face au vent ! Pour une fois qu’on aurait apprécié le Mistral, voilà que c’est le vent du sud qui souffle ! Pas grave, on en a vu d’autres !

Véronique (alias Mum, la maman de Julien) nous surprend sur la route à 10 km de l’arrivée puis les autres éléments de nos familles respectives arrivent pour passer un week-end “retrouvaille” à la maison !! Embrassades, “tatages” de mollets et re-embrassades sont de mises ! Nous nous observons tous, nous dévorrons de bisous le petit neveu (Matthis)… Nous sommes heureux de nous retrouver ensemble après ces quelques mois.

Nous nous retrouvons autour de bons petits plats que nous avions “commandés” par avance : pâté en croûte, charcuterie, pain, cabécou et vin rouge… Le coq est bien droit sur ses ergots ce week-end !!

Nous nous rendons compte de la chance que nous avons de vivre dans un pays comme la France…Nous retrouvons notre Drôme et ces somptueux paysages. Le massif du vercors nous souhaite également la bienvenue en nous laissant admirer son plus beau profil.  

Ces quelques mois de voyage nous aurons appris à relativiser et nos petits soucis du quotidien semblent bien dérisoires à la “vie de tous les jours” de personnes rencontrées lors de cette traversée.

! Cap sur le Pacifique ¡

Nous récupérons doucement de notre belle journée sur le Machu Picchu… Chaque marche, de chaque escalier nous tire dans les jambes… Aïe ! Nous établissons notre programme pour rejoindre l’océan Pacifique et la capitale du Pérou… Lima, notre destination finale ! Il s’avère que notre planning ne nous permet pas de rallier l’océan en vélo, nous prenons un bus pour nous avancer un peu jusqu’à Chalhuanca, après Abancay.

Nous sommes au petit déj’ le jour du départ de Cusco quand nous rencontrons un “francès” au petit déjeuner également ! Gilles est un vélocipède français dont nous avions entendu parler par un autre cycliste… Le monde des culs tannés est petit !! Gilles est en route pour 6 mois de voyage du sud de l’Argentine jusqu’en Equateur (Quito) et l’ambiance est très bonne autour du café et d’un croissant pur beurre… et oui il y a une “boulangerie” à côté de notre auberge…

Nous informons Gilles de notre plan d’attaque et il adhère de suite. Nous partons ensemble de Cusco par le bus. Première fois que nous tentons ce moyen de transport au  Pérou… Peut être qu’ici ils sont plus respectueux des deux roues ¿ … La réponse vient peu de temps après : NON… il faut même faire les gros yeux au “bagagiste” pour qu’il arrête de forcer sur les montures afin qu’elles rentrent dans la soute… Nous sommes tendus car nous sommes prêts du but et il n’y a pas moyen que nos vélos arrivent pliés à la sortie du bus…

L’équipée sauvage sort presque indemne de l’engin d’acier.. Ouf… En effet, nos organes auditifs sont mis à rude épreuve devant la bande son des festivals folkloriques péruviens qui tourne en boucle… Les sons se rapprochent plus d’un hurlement polyphonique discordant que d’un chant proprement dit… Les boules Quies sont alors nos meilleures alliées ! Nous découvrons également un problème sur Sétoudroit… Un rayon de la roue arrière est cassé en deux du côté du dérailleur… Aïe… une panne qui n’était jamais arrivée et qui nécessite un des seuls outils que nous n’avions jamais utilisés, le démonte cassette ! Le nom n’est pas très explicite pour les novices que nous sommes. Julien est assisté de deux techniciens hors pairs, Gilles tient la roue et Sandrine la lumière. Une opération à “roue ouverte” à lieu dans notre chambre d’hôtel. Julien doit se rappeller de la démonstration qu’avait fait Olivier (Globicyclette) quelques mois plus tôt… Notre rayon de secours est trop long… Oups ! Mais heureusement Gilles nous propose un des siens. Le monde des cyclistes est bien fait car nous rencontrons à chaque fois des personnes qui nous sauvent !!!!! L’opération est un succès : Merci à Olivier et aux techniciens bien entendus  !

Cette fois c’est parti, en route pour le Pacifique… Nous sommes maintenant au milieu des montagnes, à plus de 3 500 mètres d’altitude et nous nous dirigeons vers Nasca situé 3 000 m plus bas… Tout être normalement constitué se dit “Ouah la chance, facile ça va descendre !…” Mais nous sommes dans la cordillère des Andes et nous n’avons pas connaissance d’un second “viaduc de Millau” dans les parages.

  

Nous franchissons plusieurs cols à plus de 4 000 m et un à plus de 4 500 m d’altitude… Nous retrouvons de vieilles connaissances : alpagas, lamas et vigognes sont au rendez-vous et ont vêtu leur parure hivernale. Cette laine épaisse donne une tête très comique aux alpagas et parait tellement douce et chaude !

Nous franchissons des paysages lunaires où quelques habitations en adobes (briques en terre) et au toit constitué des herbages locaux apparaissent ponctuellement au loin… La vie ne doit pas être facile ici et les gens que nous rencontrons nous offre leur plus beau sourire lors de nos échanges… Une belle leçon d’humilité !

Nous nous arrêtons dans quelques hameaux pour passer la nuit dans des chambres “rustiques”. Nous nous plaisons à répondre aux multiples questions de petits curieux. Leurs yeux brillent de nombreuses interrogations.

Nous quittons notre nid douillet dépourvu d’eau et de toilette le matin à l’aube. Nous avalons les kilomètres jusqu’à notre étape prévue la veille mais il est 3h00 de l’après midi ! Nous ne sommes pas repus et la côte qui s’annonce semble raide après 50 km à gravir des cols. L’air est frais, le ciel menaçant mais nous voulons rallier Nasca rapidement ! Après deux petits gâteaux et une boisson gazeuse américaine dont nous tairons le nom, nous nous sentons d’attaque pour continuer ! Nous quittons Gilles et nous nous donnons rendez-vous plus loin (Lima ?). Nous avons 2h00 devant nous avant que le soleil se couche et que le froid arrive. Nous continuons donc de pédaler jusqu’au premier endroit plat pour poser la tente… 20 km plus loin ! Nous surplombons un lac et le soleil embrase le ciel : GRANDIOSE ! Nous avons une confiance totale en nos duvets “spécial canards” quand le thermomètre affiche 3 ºC à 17 heures… La nuit sera fraîche pour ce bivouac record à 4 500 m d’altitude !

Le lendemain nous franchissons notre dernier col (4 400 m) et découvrons un superbe plateau à l’herbe rase. Nous sommes sur un site que le gouvernement péruvien a classé en réserve nationale pour les vigognes (cousin des lamas). Après avoir été à l’affût de la première oreille de vigogne cachée derrière les cailloux durant les 30 km de montée, nous sommes maintenant au pays de la vigogne… Il y en a partout et elles nous regardent passer comme une vache observe le train !

Arrivés au bout de ce plateau, nous nous trouvons en haut de la plus grande descente jamais rencontrée jusqu’à présent : 70 km de descente jusqu’à la ville de Nasca sur une route récemment asphaltée… un bonheur… les freins chauffent ! Nous dévalons cette pente à une vitesse de 40 km/h de moyenne au milieu d’un désert de sable avec en toile de fond le fameux Cerro blanco (2 078 m), la plus grande dune de sable du monde ! (résultat de la rencontre de deux courants d’air – un de la montagne et un de la côte - chargés en sables).

Ahhhh, nous descendons… Adieu bonnet, écharpe et gants… A nous les t-shirt et les tongues !! Nasca, nous voilà… Il est 15 heures, nous sommes à 20 km de l’arrivée et nous voyons une petite moto qui semble bien chargée mais qui monte doucement mais surement… “Tiens ?” Nous descendons vite, il monte lentement, nous nous croisons avec un regard étonné ! Nous nous arrêtons un peu plus loin et nous commençons à parler avec Diego, un colombien très sympathique chevauchant une VESPA d’époque. Il voyage à la cool avec un sac à dos en vrac sur le porte bagage et un petit bidon de 3L d’essence au cas où… Diego part pour faire un tour en Amérique du Sud pour 6 mois… Il ne sait pas par où il va passer et ne semble pas trop au courant des conditions là haut mais ça ne semble pas le perturber plus que ça ! Nous nous quittons heureux après une bonne dizaine de coup de kick pour lui afin de démarrer l’engin ! SUERTE Diego !!

Nous dévalons la pente avec une petite boule dans le ventre. Nous sommes entrain de quitter cette cordillère qui nous faisait si peur et qui fut notre compagne une bonne partie du voyage. Au revoir les Andes… mais nous reviendrons !

Nazca est une ville de taille moyenne et nous trouvons tous les services bien utiles après quelques jours de traversées de “désert” : vendeurs de glaces, de jus de fruits divers et variés et un bon lit ! Mhhhh…

Nasca est plus connue pour les célèbres lignes tracées par le peuple Nasca que pour ces douceurs glacées mais les prix prohibitifs du survol des lignes par avion nous refroidissent… Nous nous orientons vers des miradors accessibles en vélos pour en observer quelques unes. Les lignes sont façonnées à la main en enlevant les pierres sombres laissant apparaitre un sol plus clair…

 

Nous partons à la découverte des autres richesses qu’a laissé la civilisation Nasca dont le cimetière de Chauchilla situé 30km au sud de Nasca. Nous ajustons notre chapeau et partons à la recherche des tombeaux. Ce cimetière date de l’an 1000 et renferme des momies, des ossements divers et des crânes ! A l’époque, les morts étaient momifiés puis enterrés dans des tombeaux avec l’ensemble de leur richesse (poteries, vêtements cérémoniels, etc.).

 

Après deux jours de repos, nos pieds nous démangent et nous repartons en direction de la côte Pacifique par la fameuse Panaméricaine . Cette autoroute américaine couvre l’ensemble de l’Amérique, du Chili jusqu’au Nord des Etats Unis… Nous roulons sur un ruban asphalté rectiligne jusqu’à l’horizon, de chaque côté : du sable et des cailloux !

 

Nous nous rapprochons doucement mais sûrement de l’océan Pacifique… Nous traversons une zone agricole où la vigne et les plantations d’oranges prédominent…

Nous sommes dans le berceau du PISCO, eau de vie de raisin (~40º) propre au Pérou qui sert notamment à confectionner le fameux Pisco Sour… (Nous sommes fans et nous essaierons de trouver un peu de place dans les bagages pour ramener ce breuvage.. promis !). Nous poussons le bouchon (…) jusqu’à nous arrêter dans une bodega pour une “petite” dégustation. La “mama” nous sort une petite dizaine de bouteilles et nous entamons une visite oenolo-culturelle du nectar sous toutes ses formes : pisco pur, pisco arrangé avec de l’orange ou de la coco et du vin avec du pisco… Nous finissons gaiement l’étape du jour 3 km plus loin ! Un pisco ça va, 2 pisco ça va, 3 pisco… on range le vélo !!!

Nous roulons vers l’est en silence… Les contreforts de la cordillère des Andes sont maintenant dans nos retroviseurs et l’air iodée nous appelle. Les sensations sont multiples, nous sommes heureux de nous rapprocher de l’autre côté du continent sud-américain mais ce constat amer signifie également qu’on se rapproche de la fin ! Nous arrivons à Paracas, petite ville côtière, où nous faisons quelques tours de pédaliers sur le sable. On y est !! A nous quelques jours de repos à déguster les produits de la mer sur une plage propice au farniente !!

Nous découvrons les îles Ballestas en bateau (…); Ces îles abritent plusieurs espèces d’oiseaux marin (pélicans, fous variés et cormorans) et des éléphants de mer prélassés sur les rochers chauffés au soleil !

  

Le dépaysement est au rendez-vous, nous sommes sur un petit nuage ! Le lendemain nous enfourchons Tornado et  Sétoudroit pour un petit tour dans la réserve nationale de Paracas. A nouveau un paysage désertique aux couleurs ocre et rouge mais cette fois nous avons une vue plongeante sur l’océan Pacifique et un cortège d’oiseaux marins, une nouvelle facette de ce pays magnifique.

 

Nous sommes le 10 juin et notre avion est le 15… Il est temps d’engager la dernière partie du voyage et de rallier la capitale péruvienne !

! Le condor, le puma et le serpent ¡

Nous quittons les rives du lac Titica pour partir vers l’altiplano péruvien, Cusco et le fameux Machu Picchu. Il faut sortir de Juliaca et son tohu bohut pour gagner les routes paisibles des campagnes. Nous roulons sur une bande de 30 cm de large, entre les profonds fossés bien fournis de détritus urbains et la bande asphaltée où le véhicule qui klaxonne le plus fort est Roi… Nous n’en menons pas large et quelques injures fusent lorsqu’un bus particulièrement fournit en décibels nous perce les tympans…

Une fois la campagne atteinte, nous profitons du paysage et des échanges chaleureux avec les habitants.. Ça va mieux, l’équipée sauvage est heureuse !

Par une belle journée ensoleillée, nous profitons d’un bon petit plat acheté dans un des villages quand un vélocipède bien chargé passe sur la route… Nous rencontrons alors Lukas, un finlandais en voyage autour du monde. Lukas se joint à nous pour déjeuner et là nous hallucinons. Lukas sort un paquet de gâteaux apéro et 2 petits chocolats… Euh… de notre côté nous venons de nous enfiler un plat de riz + patate + salade + poisson frit + sauce suivi de raisins et nous finalisons ce déjeuner par des chocolats offerts par notre nouvel ami au cu_l tanné… prêts pour la sieste ! Lukas nous achève en nous disant que le matin, il déjeune à peine, le midi il mange ses 5 gâteaux apéro et 2 bonbons et, cerise sur le gâteau, il roule en moyenne 130 km par jour… !! Alors message à tout ceux qui s’inquiètent pour nous : ne vous inquiétez pas, nous sommes loin de mourir de faim !!

Nous passons un col à 4 300 m et nous observons à nouveau les conséquences de l’effet de Foehn : après les grandes prairies jaunies par les longs mois d’été que nous venons de traverser, nous découvrons des collines verdoyantes et de nombreux petits ruisseaux.

Nous en prenons à nouveau plein les yeux et ça descend… Youhou ! Nous profitons même de la rencontre avec un local qui nous offre gracieusement quelques bonnes truites fraîchement pêchées sur un des affluents du lac Titicaca….

Julien est content ¡¡¡ Il peut enfin cuisiner un bon petit plat aux lentilles agrémenté de petits oignons et de quelques herbes aromatiques….

La route est parsemée de ruines inca et nous profitons de quelques pauses pour nous accoutumer à cette ancienne civilisation. L’Empire Inca s’étendait autrefois de l’Equateur jusqu’en Argentine mais il a fallu attendre le Pérou pour entendre les histoires des citées d’or.

Nous rallions Cusco ( 3 320 m) en 3 jours avec une étape finale de plus de 130 km à faire du yo-yo entre 4 000 et 3 000 m d’altitude !! Notre record…

Nous arrivons épuisés à Cusco de nuit mais nous sommes agréablement surpris par la beauté de cette ville qui était jadis la plus importante de l’Empire Inca. Cette ville est aujourd’hui considérée comme la capitale archéologique des Amériques et la plus ancienne ville habitée du continent… Por favor !

Ces atouts vont de paire avec un tourisme de masse et une hausse des prix exagérée… ¡ C’est le jeu ma pauvre Lucette ¡

Nous ne trouvons plus nos petites bicoques où nous pouvions nous nourrir de superbes salteñas et de divers jus pour des sommes modiques… Ici, les restaurants à gringos sont légions et nous nous retranchons vers le marché pour retrouver de merveilleux produits ¡ Ahhh tout de même ¡ Nous découvrons les “ceviches”, plat à base de poisson mariné au citron et agrémenté de maïs soufflés puis grillés au beurre, de riz, de patates oranges sucrées, de salade et de petits oignons rouges émincés… un régal !

Nous profitons des nombreux édifices coloniaux et musées de cette ville pour parfaire nos connaissances sur l’Empire Inca et la période des conquistadors espagnols au XVème siècle. Nous sommes fascinés par la richesse de la culture Inca qui vénère 3 animaux que nous retrouverons souvent sur notre chemin :

Le serpent, qui rampe, symbolise la force du monde intérieur, la force de la terre, de la pachamama (terre mère). Ce premier niveau représente également l’enfance.

Le puma, qui marche, symbolise le monde du milieu et la force de la nature. Le puma fait référence à l’âge adulte (intelligence et agilité).

Enfin le condor, qui vole, symbolise l’esprit, ou plutôt la connexion avec l’esprit du cosmos ou avec l’univers astral. C’est ici la dernière étape de la vie où l’homme a acquis la sagesse.

Un péruvien digne de ce nom vous trouvera un de ces trois animaux (ou les 3 en même temps ¡) dans tous les sites incas ¡! “ tu vois l’ombre de ce rocher sur le temple du soleil ¿ euh.. oui ¡ et bien c’est un puma ! Ahhhh….”

Blague à part, nous souhaitons voir les merveilles de la région de Cusco et nous partons à la découverte de la Vallée Sacrée avec nos montures ¡

Direction les villes et villages de Pisac, Moray et Ollantaytambo… Nous visitons les citadelles, forteresses et terrasses agricoles qu’ont construit les incas en plusieurs décennies à la force de leur mains, en mettant en exergue une ingéniosité surprenante.

Des sites en terrasse où poussaient les pommes de terre, le maïs, la quinoa et tout un tas d’autres céréales…

Des marches imbriquées directement dans les murs de soutainement pour éviter l’érosion des sols…

Des monuments trapézoïdaux pour résister aux tremblements de terre…

Nous sommes stupéfaits ¡! Nous sommes dans une vallée où l’astre soleil était vénéré et tout ramène à cette “boule jaune aveuglante” qui brille là haut pour nous ¡ Mais le Dieu soleil n’est jamais loin du Temple de sa femme, la Lune ou de ses enfants, les Etoiles… Nous sommes fascinés par la vie des incas qui nous est contée par les différents guides que nous rencontrons… Nous sommes pendus à leurs mots, nous voyons un puma par-ci, un condor par là et biensûr le serpent qui supporte tout ça ¡!

Le “condor sur la cité” (notre “bout de camembert sur un pain aux noix” ¡), la visite DU fameux sanctuaire Machu Picchu… Classé sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1983 et comme l’une des sept merveilles du monde depuis 2007, le Machu Picchu est un élément incontournable de notre voyage mais il se mérite !

Le chemin le plus court pour y aller est de prendre le train, géré par une société chilienne qui applique des prix fort déraisonnables. Non ¡¡ Non et non ¡¡ Nous passerons par un itinéraire bis ¡¡ Au lieu de mettre 2h de train, il nous faudra 6 heures de bus + 4 heures de marches et une traversée de rivière en monte charge pour arriver enfin au pied de la montagne sacrée ¡¡

Après avoir déboursé une somme atronomique pour obtenir le sésame d’entrée au site, nous paufinons notre plan d’attaque pour être dans les premiers le lendemain matin, aux aurores… En effet, seuls 200 privilégiés pourront aller jusqu’au sommet du Wayna Picchu qui surplombe le sanctuaire pour admirer les premiers rayons du soleil sur ce site merveilleux… Vous vous doutez bien que ce genre challenge nous émoustille ¡

Réveil à 3h30 pour être devant les grilles d’entrée à 4h30… Oh rage, oh désespoir, nous ne sommes pas seuls à partir à la conquête du Wayna Picchu. Une petite centaine de personnes est agglutinée devant cette porte d’accès au site… Il y a plus de gens devant nous que derrière… damned ! Nota : les gardiens n’ouvrent pas cette grille plus tôt pour permettre aux gens qui paient le bus pour la montée d’arriver avant les trimards (nous) qui vont se taper plus de 1700 marches pour arriver au pied du site… C’est moche mais ici c’est comme ça… Bref, nous sommes dans les starting blocks quand la grille s’ouvre à 4h50. Les premiers partent pratiquement en courant, nous hallucinons, il est loin le temps où nous étions seuls sur des sites avec nos petits vélos… Nous nous disons toutefois que rien ne sert de courir, il faut partir à temps et monter à un rythme régulier car avec l’altitude le manque d’oxygène se fait vite ressentir ! 15 minutes plus tard, les premières victimes s’échouent sur le bord du chemin à la recherche d’oxygène… “déjà 5 en moins, paf !”

Après plus de 3 mois de vélos à une altitude moyenne de 3 500 m, nous sommes au top de la forme et nous doublons en petite foulée bon nombre d’individus soufflant comme des bêtes et trempés de sueur… 30 minutes plus tard, nous nous retrouvons dans les premiers devant le bureau de contrôle des billets ! Nous sommes heureux ¡¡ A nous l’accès au Wayna Picchu ¡¡¡¡ Nous faisons la rencontre de Nicolas dans la montée (Julien l’a surpris puis doublé… pas de rancune Nico ¡). Ce breton aux poils longs fait un joli voyage de 8 mois en Amérique du Sud et nous nous lions d’amitié rapidement. Habitué aux randonnées, il marche très bien, nous passerons une journée fantastique ensemble sur le Machu Picchu et partagerons quelques Pisco Sour de retour à Cusco.

Nous découvrons le site au petit jour, sans autre touriste et sans bruit… GRANDIOSE… Il émane quelque chose de magique ici, nous contemplons dans le silence les terrasses agricoles, les habitations et les édifices religieux magnifiquement conservés… Le condor, le puma et le serpent se réveillent…

Nous arrivons au sommet du Wayna Picchu lorsque les premiers rayons du soleil baignent le sanctuaire. La lumière est superbe et révèle toute la splendeur de cette merveille du monde.

Séance “shooting” oblige, nous abusons de Nicolas et de sa patience pour qu’il prenne LA photo qui finira sur la cheminée de mamie… ¡! Merci Nicolas, les photos sont au top ¡!

Après plus de 1 700 marches puis la montée sur ce superbe point de vue, nous décidons de faire le tour du Wayna Picchu et de partir à la découverte du Temple de la Lune. Nous évoluons sur un chemin à flanc de précipice qui fait les montagnes russes dans une végétation luxuriante…

Nous ne croisons pas d’autres touristes, nous sommes en union avec Dame Nature… De retour sur le site, nous prenons un guide pour comprendre l’histoire du sanctuaire. A nous le Temple du soleil, la hutte du gardien du rocher funéraire, le Tombeau royal, le temple du Condor, l’Intihuatana (le point d’amarrage du soleil en Quechua).. et j’en passe… Nous devrons faire preuve d’imagination pour apercevoir les différents condors, pumas et serpents cachés dans les diffèrents recoins ¡

Après cette visite de plus de trois heures, qui fut embellie par la naissance d’un petit lama, nous partons à l’ascension du Machu Picchu, la montagne qui fait face au sanctuaire et au sommet que nous avons gravi au lever du jour.

 A nouveau des marches et un dénivelé non négligeable mais la vue du sommet est à couper le souffle, l’horizon est dégagé sur 360º et nous avons une superbe vue plongeante sur le site. Oh c’est beau ¡ Nous nous rendons compte, comme ce site est magique. Il est au sommet d’une montagne, encerclé et protégé par une multitude d’autres montagnes. Un monde perdu où les incas vénéraient leurs déités astrales et se consacraient à l’astrologie pour faire pousser leur culture.

Nous sommes de retour à notre hôtel plus de 12 heures après avoir franchi la première grille le matin… Là, le ticket d’entrée a été amorti… Nous mettrons 2 jours pour nous en remettre ¡ Le soir même, nous prenons le train pour rallier Ollantaytambo, récupérer nos amis à deux roues et à une roue puis direction Cusco pour une bonne nuit de sommeil…

Nous élaborons notre plan pour descendre vers la côte Pacifique de l’Amérique du Sud. Nous sommes à J-15 et il est temps de penser à Lima, son aéroport et le retour sur le vieux continent ¡! Nous partons enfourcher Tornado et Sétoudroit suivi de près par Bob pour les dernieres centaines de kilomètres.

! un lac, deux pays et 5 roues ¡

Nous quittons Rurrenabaque, la jungle, les moustiques et le climat quasi tropical le lendemain de notre arrivée en ¨pneus¨ par le rio. Nous retournons chercher nos vélos puis direction La Paz, ses 3 600 m d´altitude et le froid … Oh le choc ! Il va falloir se réhabituer car demain nous enfourchons nos montures pour rallier le Pérou !!

Afin de ne pas déroger à la règle, nous décidons de passer par le Nord du Lac Titicaca, loin des circuits touristiques classiques qui passent par le Sud (Copacabana)… Seul ¨hic¨ sur ce choix stratégique : il n’y a pas de poste frontière au Nord ! Nous voilà au service de l´immigration à La Paz entrain d´expliquer notre histoire pour obtenir un tampon de sortie de la Bolivie à une date fictive de j+5… le temps de rallier ce poste frontière inexistant ! Cette formalité administrative effectuée, nous partons à la quête de Soles (monnaie péruvienne) mais il nous faudra faire quelques banques et bureaux de change afin d’obtenir cette fameuse monnaie… Ah le changement de monnaie ¡¡ Toute une histoire à chaque fois ¡¡ Par contre, il est hors de question de quitter la Bolivie sans une petite douceur… Nous retournons vers notre marchand de glaces favories et prenons une dose spéciale “culs tannés en direction du Pérou”… avec barre de chocolat aux noisettes, bonbons, nappage chocolat et petits gâteaux incorporés dans 3 boules de glaces… Por favor ¡ …

Après un bon petit repas dans un “boui-boui” du coin, nous partons vers le fameux Titicaca. Le Lac Titicaca apparait derrière une colline verdoyante au bout d´une soixantaine de kilomètres… Ça y est, nous atteignons ce lac perché à plus de 3 800 m d´altitude, berceau de nombreuses civilisations anciennes dont l’Empire Inca…

Le Titicaca mesure plus de 170 km de long, 60km de large et serait sans fond d’après les légendes Incas ! C´est aussi là que le premier Inca, fils du dieu soleil, aurait vu le jour !! De nombreuses histoires légendaires et mythiques gravitent autour de ce superbe lac naturel… Nous sommes tout ouïe et tout essouflés !

Nous traversons de superbes petits villages et grimpons de belles collines fertiles…

Ici la saison de la récolte bat son plein. Les champs sont colorés de plusieurs tons de verts et ocre. Les pois, l’avoine, le blé, la quinoa et les pommes de terres sont choyés par un soleil généreux puis récoltés à la main.

Les fruits de ces longs mois de labeur sont transportés à dos d’homme ou de mules… Suite à la récolte, accrochés à une touffe d’herbe, c’est au tour des moutons, des vaches et cochons de prendre leur place dans les champs pour mettre propre… Un mécanisme bien rodé qui dure depuis quelques siècles !!

 

Les échanges sont cordiaux, de nombreux sourires et regards amusés nous suivent lors de notre passage. Nous rencontrons une population curieuse de savoir ce que des cyclistes font par ici et nous discutons avec plaisir avec ces façonneurs de paysages qui vivent à 4 000 m d’altitude dans le vent et le froid. Ici notre “castillan” (langue espagnole) ne suffit pas pour communiquer… il faut que nous nous mettions à l’Aymara,  langue antique qui se parle dans cette région reculée de la Bolivie et du Pérou !! Au boulot…

La route est superbe, nous franchissons un paysage collinaire puis longeons les zones humides en bordure du lac. Nous bivouaquons dans des sites merveilleux exacerbés lors des couchers de soleil… nous vivons un rêve mais la fraîcheur tombe vite et nous envoie au lit à 19h30 maximum…

Au réveil, nous grattons les selles et la tente car une belle couche de givre a recouvert notre nid douillet. Les couleurs matinales qui se reflètent sur le lac mettraient de bonheur n’importe quel spectateur, même s’il se lève avec ses deux pieds gauches !

Après trois jours à longer le Titicaca côté bolivien, nous apercevons un hameau avec les drapeaux bolivien et péruvien qui flottent dans les airs… “La frontière !” Nous avons 2 jours d’avance sur la date de sortie qui figure sur notre passeport et s’il y a un contrôle, nous sommes fait pour une explication qui pourrait se prolonger… Nous avançons à tatons vers ce village au milieu de nulle part et nous découvrons un fourmillement de camions boliviens et péruviens qui chargent et déchargent des marchandises… Mhhhh, bizarre ce poste frontière… Nous demandons s’il y a un bureau de l’immigration ou un “officiel” dans le coin pour lui dire qu’on arrive ! Nada, R.A.S… il n’y a pas un officiel qui traine et le traffic est en pleine ébullition !

Première frontière que nous franchissons sans aucun contrôle ¡¡ Nous continuons notre chemin en terre péruvienne maintenant. 5 kilomètres de chemin pierreux et poussiéreux plus loin, un homme, vêtu d’un poncho et d’un chapeau coloré, nous hèle sur le bord de la route et nous présente une carte du ministère de l’intérieur avec sa photo et une signature du préfet de la province… Il nous demande une taxe pour être entrés au Pérou ! Mouais, ça nous semble un peu louche tout ça… Nous lui demandons s’il a un tampon officiel à appliquer sur notre passeport et là… comme par magie, il nous sort de sa couverture, qui lui sert de sac, 2 tampons officiels-officieux !!! Nous prenons une photo de sa carte du ministère, au cas où. Nous lui donnons l’équivalent de 1 euro en bolivianos car nous lui avons dit que nous n’avions pas de Soles puis nous partons “mi-figue, mi-raisin” en sachant qu’il nous faut tout de même un tampon d’entrée au pays à récupérer plus loin…

Nous sommes maintenant “officiellement” au Pérou et le paysage est grandiose. Nous avons roulés près de 70 km et nous souhaitons un peu de confort ce soir : un lit sous un toit en dur ! Nous arrivons au village de Conima, en bordure du lac, vers 16h et un bruit de fond agréable nous vient doucement mais sûrement… Plus nous avançons vers le centre et plus cette vibration sonore s’intensifie… des tambours, des rires, des capsules de bières qui s’envolent… Nous arrivons sur la place centrale du village et nous découvrons un village en fête !! Les hommes portent des masques ”faits maison” et dansent avec des outils agricoles tandis que les femmes et les enfants font des rondes au son des fanfares !! Incroyable, nous sommes très agréablement surpris mais nous ne sommes pas les seuls ! Les habitants se retournent, nous saluent et nous invitent à poser le matos et à rejoindre la ronde !! FABULEUX ! Le village est en émule et un air de convivialité emplit cette place de village. C’est décidé, nous resterons ici ce soir, voir plus si affinité…

Julien part à la recherche d’un logement tandis que Sandrine surveille les engins… Après une analyse de ce qui s’est passé, nous aurions du faire l’inverse car Julien n’a pas fait 5 mètres qu’il se retrouve entouré de villagois masqués, armés de bouteilles de bières et de gentillesse… coincé le pauvre…! Le voilà assis sur une caisse de bière à engloutir ce breuvage au bon goût de houblon ! Il s’extirpe avec mal de ce groupe et tombe sur un autre qui lui demande de prendre une photo tout en trinquant car c’est de rigueur ! Julien revient 30 minutes plus tard avec le sourire mais sans logement… bredouille… Les gérants des pensions sont à la fête et celui qui était présent affichait complet… Sandrine trouve finalement un logement et un endroit pour décharger tout le matériel !

Une douche chaude, quelques affaires propres sur les vélocipèdes et nous voilà au coeur de la fête ! Notre chemin et le hasard du calendrier nous ont amené dans ce village où l’on fête la Pachamama, la Terre nourricière, l’abondance espérée des récoltes à venir… Cette fête a lieu une fois par an et dure deux jours. Nous arrivons le premier jour pour la présentation des fanfares et des groupes ! Re-coup de chance !

Nous tentons d’acheter une bouteille de bière pour nous mêler à cette joyeuse bande de villageois mais cette tentative est veine… Les caisses de bières sont amenées par deux, empilées jusqu’à hauteur d’homme et ces boissons houblonnées sont distribuées gratuitement jusqu´à plus soif … ¡¡!! La seule condition est de ramener la bouteille vide dans sa caisse et de rester vers ce monument de bouteilles… soit, nous suivons les règles à la lettre !! La tradition est simple et efficace… La bouteille de bière tourne tout le temps, notre voisin de gauche se sert, nous passe la bouteille, boit son verre, jette la mousse qui traine au fond et nous passe le verre… Il ne faut surtout pas rompre cette ronde et pas le temps de bavarder tranquille avec son verre à moitié vide ! Nous dansons, nous trinquons, nous expliquons ce que nous faisons là et nous rions !

Il y a plusieurs bandas qui “s’affrontent” avec comme unique arme de gros tambours et des flûtes de pans de tailles différentes. Chaque banda (ou fanfare) possède ses danseurs masqués, une horde de femmes et enfants et se distingue par des couleurs différentes… Une fanfare s’arrête, una autre commence à l’autre bout de la place et ainsi de suite sur une place de 250 mètres carrés avec la vue sur le lac Titicaca ! Que demande le peuple, nous sommes aux anges et aucune courbature ne se fait ressentir… A l’occasion d’une ronde endiablée, entourés de femmes aux chapeaux melons, d’hommes masqués et d’enfants hilares, nous nous retrouvons dans la cours d’une maison du village… la fanfare et les caisses de bières suivent rapidement. La fête reprend de plus belle dans cette maison et nous rencontrons Henry, un bolivien né dans le village et frère du locataire du lieux. Henry joue du tambour et de la flûte et se trouve être un des leader de la banda “Willy Sandgre”…. ce qui signifie “le sang du village”. Ni une, ni deux, le voilà à demander le silence devant la soixantaine de personnes présentent dans la cours… Il nous présente à l’ensemble de l’assemblée en temps qu’invités d’honneur pour le week end ! Applaudissements et ouverture de bières pour fêter ça ! A présent nous avons des “obligations” : être présents au petit déjeuner et participer, en temps que membres du groupe, à la procession du lendemain… !

Nous quittons cette belle bande de fêtards non sans mal car à chaque pas vers la sortie nous devons trinquer avec notre nouvelle famille… Sandrine passe son tour, Julien est diplomate… Le lendemain matin nous arrivons à 9 heures pour le petit déjeuner et seules 4 personnes sont là dont le fameux Henry. Le café et les tartines sont remplacés par une bière et l’arrivée de chaque membre du groupe est l’occasion d’ouvrir une autre bière… Nous sommes arrivés trop tôt… il est 10 heures du matin, nous sommes en plein soleil et nous n’avons pas pris de petit dej’ digne de ce nom… Oùlààà… A 11 heures le petit déjeuner arrive, nous avons le droit  à une soupe délicieuse accompagnée d’un bon bout de viande. Un régal ! Les derniers retardataires sont appelés à grands coups de tambours et de pétards jetés du jardin… Et oui, il est 11h30 heures et nous devons nous préparer pour la procession. Nous recevons notre poncho et notre flûte de pan, une petite répétition et zou direction la place du village où plutôt l’église du village !

Nous nous retrouvons à l’église, devant le curé du village, avec les membres de la familles et les boeufs en platre décorés pour l’occasion… Les boeufs sont bénis et appliqués devant les maisons pour apporter la chance sur les récoltes à venir. Nous sortons de l’église, nous dégainons nos flûtes de pans, ajustons nos ponchos et engageons la marche derrière un Dieu de l’agriculture au son des fanfares… MAGIQUES !! A chaque coin de la place, nous nous arrêtons, le curé bénit les gens qui attendent ici puis nous repartons au son de la banda vers l’autre coin !

Une fois la procession terminée, il est temps d’aller manger car nous devons prendre des forces pour l’après midi. Nous sommes de nouveau invités à partager le repas qui se trouve être un délice !! Henry nous propose de nous déguiser pour faire parti des danseurs maintenant ! Nous voilà entrain de vider la garde robe de la maman de Henry pour Sandrine et de revêtir les vêtements de Henry pour Julien…  Nous sommes prêts pour la procession de l’après midi !

Les différents groupes jouent et miment des scènes de vie quotidienne pour ces agriculteurs (travail de la terre et plantation de pommes de terre par exemple).

Nous dansons, jouons et rigolons avec ces gens fabuleux jusqu’à 16 heures puis nous sonnons le départ car c’est pas tout ça mais Lima est encore loin pour nos petites montures et nos petits muscles… Le départ est difficil car il faut dire au revoir à tout le monde et une petite bise ne suffit pas… les capsules sautent à nouveau et la panse de Julien s’arrondie… Nous arrivons finalement à partir avec une bonne heure de retard sur l’horaire prévu et après avoir refusé les hébergements proposés par nos nouveaux amis… Toute bonne chose a une fin et là il fallait nous remettre en route ! Muchas Gracias à la famille Blanca et à toute la population du village de Conima, nous avons passé deux jours inoubliables !¡

Nous rallions la ville de Juliaca en passant par l’extrémité Nord du Lac Titicaca. L’équipe “casse-croûte” se pose deux jours à Juliaca car nous devons faire le plein de courses, nous renseigner sur l’itinéraire à venir et aller à la ville de Puno pour faire tamponner de façon officielle notre passeport. Il s’avère que l’artiste rencontré près de la frontière était un “faux officiel” et que son tampon n’a rien à faire sur notre passeport !! OH le sacripant ¡¡¡¡

Juliaca est une ville sans grand intérêt, nous sommes dans le bruit, la poussière et les gaz d’échappement. Nous découvrons que les péruviens utilisent les Rickshaw et qu’ils ne manquent pas d’imagination pour “tuner” ces beaux trois roues ! Après 2 jours ici, il est temps de prendre le large en direction de la campagne péruvienne et de la superbe ville de Cusco 300 km plus loin…

Skyroule et le royaume du rio d’or

Notre départ de La Paz fut laborieux… 2 “faux” départs !

Nous partons la fleur au fusil en direction de la végétation sub tropicale et des rivières poissonneuses du Nord, dans la région des Yungas. 30 minutes après notre départ, en pleine côte, la patte de dérailleur de Sétoudroit (Julien) se vrille, passe dans les rayons et se retrouve à 180º par rapport à sa position normale… Résultat des courses, la patte de dérailleur est tordue et doit être changée. Ce sera chose faite 15 minutes plus tard mais une autre pièce a vrillé et le dérailleur ne peut être réglé… “mala suerte” comme on dit dans le coin ! Nous nous rendons dans une “bicicleteria” de confiance selon les conseils de Cristian (responsable de la casa des ciclistas). Nous en profitons pour apprendre un peu de mécanique en faisant une révision complète de nos deux montures en compagnie des bicicletors. Soudain, Sandrine commence à sentir des douleurs intestinales et un retour rapide à la casa des ciclistas s’impose !

A goûter ces mets urbains sur l’asphalte, nous finissons par le payer ! Sandrine se retrouve couchée pendant 2 journées et se lie d’amitié avec Jacob Delafon … Pendant ce temps là, Julien en profite pour se rendre dans un endroit où il n’avait pas mis les cheveux depuis plus de 12 ans… la “peluqueria”… le coiffeur ! Il est temps de mettre un peu d’ordre dans ces tas de poils prépubères et de poser un peu le leste accumulé sur son crâne.

Nous repoussons le départ  pour le surlendemain en espérant que ça aille mieux… La vie citadine commence à nous peser et il est grand temps de remonter sur nos vélos. Nous faisons la tentative le jour suivant. Sandrine met sa plus belle culotte mais après 5 “arrêts toilette” en 3 km  nous décidons de prendre un petit bus pour sortir de La Paz et nous mettre sur le chemin de LA ROUTE DE LA MORT ! Sandrine n’est pas au top mais nous entamons tout de même LA descente après une petite pause à 4 675 m d’altitude. “La carretera de la muerte” est le nom donné à la route principale qui relie La Paz aux prémices de la forêt tropicale. Cette route d’une largeur de camionette voyait autrefois passer et se croiser des camions avec comme danger principal le précipice. Bon nombre de personnes ont perdu la vie sur cette route et il était de coutume de faire une petite prière à chaque croisement avec un poids lourd. Cette route est aujourd’hui peu empruntée car une nouvelle moins dangereuse a été construite.

Nous galèrerons un bon moment pour trouver la “bonne” route antique car à chaque fois que nous demandons à un bolivien nous découvrons une nouvelle route antique… Et nous voilà entrain de descendre par ici, de remonter par là…  Nous pensons alors que toutes les routes non asphaltées sont considérées comme des anciennes routes… ça pourrait expliquer peut être ¿ … Nous trouvons le bon embranchement de cette fameuse route le lendemain de notre départ et là c’est un grand moment de bonheur… Une descente de 40 kilomètres et 1500 m de dénivelé négatif !! Nous nous retrouvons à dévaler la pente entre les fougères arborescentes, les cascades, les bruits de la forêt et le tout sur une route taillée dans une falaise en plein brouillard ! Le précipice est impressionnant et au vu de la stabilité de la chaussée nous comprenons le sur-nom de cette route…

Nous rencontrons 2 argentins et leur ami bolivien dans la descente. Ils sont en voyage et ont prévu de rallier Ushuaia à l’Alaska en RENAULT 18 BREAK SVP… Nous leur souhaitons bonne chance, eux aussi, puis nous nous quittons heureux d’avoir fait cette belle rencontre dans ce paysage de rêve. Après l’avoir fait, nous pouvons dire que cette “route de la mort” est un élément de propagande touristique pour vendre des tours au départ de La Paz car la route que nous avons pris après était pire !! La même configuration végétale et physique (précipice) mais cette fois on ajoute le traffic routier avec taxis, camions et bus en tout genre, la poussière puis la boue !!

Le soir nous avons le privilège d’être les premiers locataires de Maria et Rodriguez qui nous offrent une place dans leur chambre d’ami… Ils sont presque génés de ne pas avoir de toit… Pour nous c’est impeccable car la vue sur les étoiles se trouvent bien dégagée !

Le lendemain, le temps est plus clément. Le soleil est au rendez vous mais la poussière sur la route devient notre ennemi numero un. Nous découvrons une nature généreuse où les arbres fruitiers poussent à profusion. Nous sommes dans la région des Yungas célèbre pour sa culture de la coca.

Pour reposer notre fessier et nos nez chargés de poussière, nous nous arrêtons dans un petit hameau pour nous faire un petit  “ almuerzo ” (déjeuner).

Nous voyons alors arriver un “Jésus des montagnes” aux poils longs et aux vêtements “salut, je reviens d’Inde”. Nous commençons à discuter avec Elian (son vrai nom ¡) et il nous informe qu’il fait parti d’une communauté qui vit là haut dans la montagnes, près d’une cascade, qu’il y a plein de fruits et qu’il va les vendre sur les marchés …¡ La vie à la cool quoi ¡! Elian nous invite dans sa communauté si nous souhaitons nous reposer… Par contre, il faut monter dans son nid d’aigle ¡ Nous roulons pendant 4 heures sur un chemin caillouteux avec un pente moyenne à 6 % ¡!! Et cette parole qui résonne à chaque changement de pente “ venez si vous voulez vous reposer ¡!”…

Nous finissons par atteindre cette communauté perchée au milieu des montagnes après avoir sués comme jamais ¡! Nous demandons où habite notre cher Elian et nous apprenons qu’il habite encore plus haut… nous n’en pouvons plus, nous sollicitons les premiers habitants que nous croisons pour savoir si nous pouvons poser notre tente dans un coin et ils nous proposent gentillement de mettre la tente à l’abri, sous le auvent d’une maison… parfait. Nous faisons connaissance avec nos nouveaux voisins qui nous offre des mandarines excellentes en guise de pot d’accueil. Gracias ¡ Nous reprenons la route le lendemain après avoir vu Elian qui partait dans un autre village pour apporter quelques fruits et assister à une cérémonie… Nous n’aurons pas eu la chance d’échanger plus que ça avec cet étrange personnage au demeurant très sympathique.

Nous nous arrêtons entre 2 averses dans un pueblito de 5 maisons où Maria et Jorefe nous offre une assiette de riz avec du poulet, des bananes cuites dans du beurre et de grands verres de jus de papaye frais… Nous sommes aux anges car nous roulons dans la boue et sous la pluie depuis 3 heures… Nous restons autour de ce couple chaleureux pendant plus d’une heure à parler de la vie dans la Province et de la prise de conscience de la protection de l’environnement en Bolivie… Entre les chercheurs d’or dans les rivières, la pêche aux bâtons de dynamite et la déforestation, il y a du travail pour plusieurs générations… ¡ A méditer… ¡

Nous arrivons à Caranavi couverts de boue, les affaires trempées et dans un bon état de fatigue… Nous avons presque honte de rentrer dans les pensions pour demander un hébergement ¡ Nous passerons l’ensemble de l’équipée sauvage (vélocipèdes compris) au jet d’eau avant de monter dans notre chambre et de prendre une “bonne” douche froide… brrrrr

Nous avions prévu de rallier Rurrenabaque en bateau par une des rivieres qui partent non loin de notre localisation mais la logistique s’annonce compliquée et nous ne sommes pas sûrs de trouver un bateau pour nous prendre… changement de programme avec une petite déception tout de même… Le lendemain nous décidons de prendre un bus pour nous reposer un peu et atteindre la ville de Rurrenabaque plus au Nord, au pays des moustiques et des bêtes sauvages… Nous voilà au terminal de bus, les vélos pliés et emballés pour ce voyage qui s’annonce chaotique. Le bus doit partir à 20 heures mais il tarde un peu… Un homme d’une quarantaine d’année et au quintal bien pesé nous aborde et nous demande si nous allons à Rurrenabaque (Rurre en local)… Il nous dit que la route pour Rurre est coupée suite à un éboulement et que les engins sont sur place pour dégager tout ça… Nous continuons la conversation quand il voit nos 2 vélos sur le trottoir, prêts à être jeter dans le bus : ” Ils sont à vous les vélos ? Vous êtes français ? ” . Ce cher Bolivien répond au nom de Waldo et a entendu parler de nous par le couple d’argentin qui remonte en Alaska en R18 Break (rencontrés dans la descente de la Route de la mort). Il sait qu’on avait l’intention de remonter jusqu’à Rurre en bateau mais que notre niveau d’information sur ce probable voyage était proche de zéro… Waldo est guide dans une agence de voyage de Rurre et son truc c’est d’aller a Rurre en bateau de l’endroit où nous souhaitions partir initialement !!  Il nous demande ce qu’on fait ici et nous propose l’impensable… Il est 20h05, le chauffeur de bus hurle un bon coup pour faire comprendre que le départ est imminent, les “chargeurs de bagages” s’approchent de nos montures…. tout s’accélère ! Waldo finit par dire la phrase qui fait mouche : “ce sera l’aventure” ! Il est 20h08, d’un côté le chauffeur de bus vient nous demander ce qu’on attend car tout le monde est dans le bus et de l’autre, Waldo, un inconnu rencontré sur le trottoir 8 minutes plus tôt nous propose un programme “Indiana Jones” sur 6 jours… La décision est prise : nous ne prendrons pas le bus… il part dans la minute qui suit, sous nos yeux pleins de questions et de doute ! Nous nous rassurons avec cette belle phrase : il faut faire confiance aux gens dans ce bas monde !

Nous partons chez un ami de confiance de Waldo pour laisser tout notre équipement car il n’y aura pas la place sur le bateau… 30 minutes plus tard, nous sommes devant un taxi qui part en direction de Guanay, notre embarcadère du lendemain ! Waldo s’absente et revient peu de temps après avec une paire de rame en bois, un sac de coca et des médocs pour le calmer car il est un peu hyperactif … Tout va bien, nous sommes rassurés… Nous partons pour 2 heures de taxis sur un chemin de terre en pleine nuit.

Le lendemain nous préparons le voyage : achat de la nourriture et construction de notre embarcation ¡! Nous nous retrouvons chez un réparateur de pneumatiques qui applique les dernières rustines sur nos pneus de camions… Oui, oui… nous partons sur une embarcation en pneus de camions pour 6 jours sur notre rio d’or ¡ Une fois les pneus vérifiés, nous chargeons un taxi puis direction la plage pour récupérer le reste de notre bateau : le bois mort qui s’est échoué par ci par là… Nous attelons tout ça puis finissons nos dernières emplettes : cordes, feuilles de coca et “clopes de chercheurs d’or” pour les communautés que nous allons rencontrer.

Sandrine pose alors une question pleine de sens : mais où allons nous mettre le moteur ¿ L’éclat de rire de Waldo nous fait comprendre que cet élément n’est pas prévu… Nous sommes contents, nous continuons notre voyage en privilégiant le mode doux…

Nous partons le jour suivant au grés des courants qui veulent bien nous emmener en direction du Nord, des arbres et des obstacles en tout genre : à nous l’aventure !

Notre voyage au fil de l’eau nous pousse en direction du Parc Madidi …. Le terme “pousser” est choisi car le maître mot à bord est TRANQUILO… On rame le moins possible, nous passons certains rapides à contre sens et il nous arrive même de faire une petite sieste bercée par le bruit de la faune environnante et les clapotis de l’eau… Tranquille …

Nos journées sont ponctuées d’arrêts proches de cascades d’eau claire et de piscines naturelles dans une végétation subtropicale, de passages de rapides plus ou moins “tendus”, de rencontres avec les communautés autochtones et les chercheurs d’or. Nous observons quelques oiseaux, papillons, et autre animaux en tout genre, aux couleurs bigarées, mais ils sont trop rapides pour notre pauvre objectif.

Nos arrêts auprès des habitants sont riches en émotion et aident à relativiser sur nos “pseudo-problèmes” de la vie quotidienne occidentale. Ici les gens vivent de peu de choses mais sont prêts à en faire profiter un touriste de passage, le tout avec un sourire édenté qui reste graver dans les mémoires… Les anciens du village sont sages et continuent à brasser les cailloux de la rivière à la recherche de poussières d’or.. le tout à 80 ans bien sonnés… Ils attendent patiement le passage de bateaux qui viendront leur échanger de la coca. Ces précieuses feuilles de coca leur permettront de ne pas sentir la faim qui les tiraille et de continuer leur travail avec un seul repas par jour dans le ventre. Voilà pourquoi Waldo a acheté cette coca…

Nous partagons également un repas et une nuit avec un couple de paysans-pêcheurs qui vivent sur le bord de la rivière. Nous échangeons avec Adiel et Rodolfo sur les différences entre les pays et répondont avec bonheur à leurs nombreuses questions sur notre voyage.

Nous croisons de nombreux “chantiers” de mineurs et l’extraction se fait à plus ou moins grande échelle… Du retournement de cailloux par un groupe de 5 ou 6 personnes pendant 10 heures par jour à l’excavation des matériaux de la rivière à la pelle mécanique, tout est bon pour amasser quelques grammes d’or et faire vivre la famille.

A chaque fin de journée, Waldo nous trouve un lieu paradisiaque pour installer le bivouac et chacun s’affère à sa tache… On récupère le bois, monte la tente, fait le feu et prépare un bon petit plat au feu de bois… GRANDIOSE… Nous dégustons nos lentilles, pâtes ou riz assaisonnés selon les envies en observant les oiseaux qui paradent devant le coucher du soleil ¡! Pas évident mais sachez qu’on pense aussi à vous dans ces moments là !

Et les moustiques me direz-vous ¿ Ils étaient au rendez-vous et nous ont fait souffrir ¡ Sandrine compte plus de 30 piqûres par jambe et a les pieds du bonhomme Michelin… Ces moustiques aussi ont la facheuse tendance de piquer au niveau des attaches des tongues et des zones de frottements des affaires … Ils nous ont fait passer des nuits agitées ! Au lendemain d’une attaque particulièrement virulente, nous étions tous en pantalon, chaussette et haut à manches longues sous un soleil de plomb et un taux d’humidité proche de 80 % !!!! Pas grave, nous cuisons tel des suchis mais au moins les moustiques ne piquent plus !!

Nous arrivons à Rurrenabaque après 5 jours de descente superbe. A 1 heure de notre arrivée, nous nous rendons compte de l’aventure que nous venons de vivre et aucun de nous n’a envie de revenir à la civilisation et au bruit. Nous sommes pensifs, les souvenirs des rencontres effectuées, les sourires, les paysages, la faune observés et les moments vécus ensemble ont été forts.

Séjour dans la capitale Bolivienne

Nous quittons Sucre plus tôt que prévu en bus et un petit peu dans la précipitation … Les enseignants du monde rural sont en grêve et la dernière concession de Evo Morales sur les hausses de salaire ne fait pas du tout l’hunanimité… Résultat des courses, les axes principaux pour La Paz vont être bloqués et nous pourrions rester à Sucre pendant une durée illimitée.

Nous souhaitons partir en bus car un programme “Jungle/Pampa” et “hauts sommets” nous titillent et il nous faudrait beaucoup de temps pour rallier La Paz en vélo (600 km…) !!

Nous voilà donc dans la gare routière pour déshabiller nos montures à deux roues et prier les Dieux de la bicyclette pour que nos vélos arrivent en un seul morceau… Le chargement Bolivien est beaucoup plus rustique que le chargement Argentin mais l’équipe “casse croûte” arrive indemne à La Paz le lendemain à l’aube. Nous sommes à 3 600 m d’altitude et nous découvrons la capitale la plus haute du Monde. Cette ville “en pente” est construite à flancs de montagnes ! Incroyable ! Nos regards font un tour d’horizons et quasiment toutes les montagnes environnantes supportent des maisons. En second plan, les hauts sommets de la Cordillère Real (120 km de long pour 20 km de large) sont majestueux et couverts de neiges éternelles… nous nous sentons tous petits !! Ici les sommets sont plus enneigés que sur l’Altiplano car nous sommes proches des zones humides de l’Amazonie, les masses d’air sont chargées d’humidité … Les surfaces planes de La Paz doivent se compter en centaines de mètres carrés… Tout est pentu !! Découvrir La Paz nécessite une bonne santé et deux jambes en état de marche.

 

Nous enfourchons nos montures pour traverser une partie de la capitale, non sans une certaine appréhension, en direction de la “casa des ciclistas” tenue par Cristian et Luisa. Nous y rencontrons Aritz et Rodrigo. Aritz est espagnol (Pampelune) et Rodrigo est mexicain, ils remontent également l’Amérique du Sud en vélo.

Quel plaisir d’échanger en espagnol et de passer du temps avec des cyclistes… Nous parlons de nos découvertes, des paysages, des climats et bien entendu des galères !! Nous ne sommes pas les seuls à rencontrer des problèmes alors chacun y va de son anecdote et de son conseil autour d’une bière !

Cette convivialité à deux roues sera assez brève car ces deux vélocipèdes bien sympathiques se remettent en selle le lendemain de notre arrivée. Nos coordonnées sont échangées afin que chacun puisse aider l’autre si besoin (choix d’itinéraire par exemple). La casa des ciclistas est un lieu de chute pour les amis et les “amis d’amis” de Cristian et Luisa. Nous faisons la rencontre de Marco, originaire d’Afrique du sud, qui a vendu son vélo pratiquement de suite après son arrivée en Bolivie car le pays est trop pentu… et un couple d’allemand qui voyage en moto.

Notre visite de cette capitale de 800 mille habitants est très instructive (musée du textile notamment) et nous découvrons des citadins qui ont su garder le sens de la politesse et ont toujours un petit sourire à échanger.

Notre comportement urbain s’affine. Nous nous dirigeons à l’odeur savoureuse et piquante des Salteñas et Tucumanes en tout genre, aux couleurs des marchands ambulants de jus de fruits et aux des vendeurs de glaces ! Nous sommes “gourmandise” presque à l’excès mais qu’est ce que c’est bon. Nos repas se prennent essentiellement dans les rues auprès de ces petites échoppes aux mets alléchants.

Nos petits déjeuners se composent de jus de quinoa ou d’avoine avec du lait ou du jus de pomme, de petits pains ou de beignets avec du miel et d’un jus de maïs grossièrement mixés mélangés avec des fruits et des épices (” le API “)… Après ça, nous partons à la recherche des Salteñas ou des Tucumanes, beignets composés de pommes de terre, carottes, petits poids, oeufs, viande (poulet ou beef), épices et du secret de la cuisinière, le tout enroulé en forme de demi-lune dans une pâte brisée. S’ils sont cuits au four, ce sont des Salteñas mais s’ils sont frits dans l’huile ce sont des Tucumanes. Ces derniers ont une petite couche de pâte craquante que l’on casse goûlument pour y mettre des sauces piquantes au choix !!! Mhhhh… La salive monte ?

Le lendemain de notre arrivée, Cristian (responsable de la Casa des ciclistas) nous propose une expérience qui vaut son pesant d’huile de chaîne… Nous avons rendez-vous à 7h30 devant le siège d’une chaîne de TV nationale !! Cristian est Président de l’association des cyclistes du département de La Paz et souhaite présenter les différents types de vélos et les différents usages… dont le cyclo-tourisme…
“ni uno, ni dos”, nous voilà propulsés en direct devant le ” Téle matin” Bolivien : ” Hola Paìs ” ¡! Nous rentrons tout l’équipement dans le studio d’enregistrement et nous hallucinons… La régie s’excite, les caméramans casqués sont au taquet, le présentateur vedette aux cheveux gominés et à l’haleine toujours fraîche s’approche de nous et nous harcèle de questions… on répond comme on peut, on esquive les “no entiendo” en direct par un petit sourire… on se marre ! Nous sommes des vedettes aux cu_ls tannés !…

Suite à cette pseudo gloire télévisuelle éphémère, après quelques jours sans monter sur nos vélos et à manger plus que de raison, nous planifions notre ascension de l’Huyana Potosi à 6 088 m… Notre revanche sur l’ascension manquée du  Licancabur ( 5 960 m) a sonné (cf le post “La rudesse de Dame Nature”) ! Nous sommes aux anges,  nous partons pour 3 jours avec un guide et tout le matos (crampons, piolets, casques et feuilles de coca…) sur un des sommets de la Cordillère Real qui se situe à plus de 6000 mètres d’altitude ¡¡¡

Trois jours sont nécessaires pour s’acclimater à l’altitude, au manque d’oxygène et s’entraîner au maniement du matériel d’alpiniste… Le jour de l’ascension commence très tôt… réveil à minuit et demi ( 00.30 am !!) pour un départ à 1h15 arnachés du matos et encordés à Félix, notre guide.

L’ascension est lente, très lente. Le moindre faux pas peut compromettre l’ascension qui prendra 5h30. Nous évoluons alors à la lueur de la lune quasiment pleine qui se réverbère sur ce superbe sommet blanc. Nous sommes sans frontale, dans le silence et nous distinguons très bien les lignes de crêtes environnantes… MAGIQUE ! Nous croisons des alpinistes qui redescendent à cause du mal des montagnes. Ils n’ont pas reussi à surmonter la fatigue et le mal de l’altitude. A ce moment précis, dans nos têtes, nous sommes à l’affût du moindre maux de notre corps. ” Ça va Sandrine ? oui, Ça va Julien ? oui”. Plus nous approchons du sommet et plus le souffle nous manque. L’altitude commence à peser sur nos corps, notre coeur bat la chamade, nos pas se font de plus en plus lent mais notre engouement pour le sommet est plus fort ¡¡¡ Les derniers mètres se font à l’arraché par une ligne de crête assez engagée ! Des deux côtés, nous pouvons voir le vide ¡¡

Nous arrivons finalement au sommet juste avant le levé du soleil. Nos joues sont rosies par la fraîcheur de cette ascension qui frole les – 10ºC. Soudain, nous découvrons un panorama à 360º que les premières rayons du soleil teintent de couleur pastel.

 

Nous subissons l’altitude et un fort mal de tête nous fait comprendre que nous sommes à plus de 6 000 m d’altitude. Nous faisons le plein de souvenirs et d’images grandioses avant de redescendre vers notre campement de base puis La Paz. Les effets de la variation de la pression atmosphérique sont costauds… Nous avons mal à la tête et notre système digestif n’a pas eu le temps de tout analyser… “nous” subirons le reste de cette superbe journée mais heureux d’avoir gravi un “6 000″.

Du désert blanc aux plaines fertiles

Quelques jours de repos à Uyuni nous ont permis d’être à nouveau en accord avec nos vélos et notre flore intestinale… Nous prenons “la route” en direction de la plus vaste réserve de sel au monde ! Le Salar d’Uyuni s’étend sur 1 210 600 km2 à plus de 3 600 m d’altitude…

Les fortes précipitations du mois dernier rendent le Salar inaccessible à tous véhicules y compris nos montures ! Ce phénomène climatique (forte précipitation) serait très rare et le Salar ne sera pas accessible avant 2 mois.. le temps que l’eau s’évapore un peu… Plouf ! Nous avions prévu de le traverser et de poser notre campement dessus mais les éléments naturels ont encore une fois le dessus ! C’est pas grave, nous prenons tout de même le chemin avec la ferme intention de donner quelques coups de pédales sur ce désert d’un blanc aveuglant. Nous arrivons sur le Salar pour le coucher de soleil, nous roulons jusqu’à nous enfoncer dans cette croûte de sel et nous admirons sans dire un mot…

Le spectacle est inimaginable, le ciel est embrasé et se reflète à la perfection sur cette étendue d’eau salée… MAGIQUE…

Un chauffeur de 4×4 nous dissuade de poser la tente au bout de cette langue sèche qui s’avance sur cette merveilleuse étendue saumâtre… Nous doutons un petit moment puis nous réalisons que nous sommes le 07 avril… notre date “anniversaire” de 4 ans de vie commune ! 1 heure après ce joli constat, nous sommes dans un hôtel de sel situé sur le bord du Salar… Le tableau mérite une petite description : nous sommes en tenue de “sporty”, un petit peu sale et nous entrons dans un superbe hôtel avec nos vélos souillés… grande classe ! Le bâtiment est constitué de briques de sel et le sol est couvert de gros sel… Le décor est planté quand nous découvrons, sourire aux lèvres, notre chambre dans le même style… Nous n’avons pas 4 ans de vie commune tous les jours ! ! ENJOY !

Le lendemain matin, nous réveillons le coq à 5 heures du matin car nous avonc rendez-vous avec le soleil sur le Salar. Nous partons avec nos chaussettes étanches et nos tongues jusqu’au bord de l’eau. Le soleil en est à ces premiers balbutiements quand Sandrine saute sur un 4×4, qui vient lui aussi admirer le spectacle, pour qu’il nous amène plus loin… là où il y a moins d’eau… Nous nous retrouvons à l’endroit où les travailleurs extraits le sel en constituants de petits cônes à la pelle et au râble (rateau à sel utilisé par les sauniers).

 

 

Le soleil se lève et le silence tombe à nouveau sur les spectateurs : c’est beau ! Les images qui se gravent alors dans nos mémoires dureront des années, l’émotion est forte ! L’effet de l’eau froide sur nos petits pieds nous ramène à la réalité : nous devons rallier la terre ferme et pour ce faire nous avons à traverser de l’eau gelée. Après quelques centaines de mètres d’acclimatation sur une fine pellicule d’eau, les choses se corsent et l’eau passe vite au dessus des chaussettes étanche… Si l’eau n’était pas aussi concentrée en sel, nous serions sûrement sur de la glace !

 

Après une bonne heure de marche à évoluer entre le ciel bleu, les nuages et cette eau translucide, nous atteignons la terre ferme où un 4×4 de touristes est en séance « admiration »… Ils nous voient arriver, mettent la main dans l’eau mais la retire aussitôt puis nous demande : Vous êtes fous ? Vous êtes français ? Nous répondons par l’affirmative, amusés, tout en rejoignant nos montures au son des « floc – floc » (l’eau prisonnière dans les chaussettes !) à pas de temps régulier. Après un bref passage dans notre « hôtel la classe » pour nous changer, prendre le p’tit dèj et préparer les montures pour partir, nous sommes en route en direction de Potosi. Nous traversons alors les montagnes « russo-boliviennes »!! Nous faisons 1 000 m de dénivelé positif de moyenne par jour ! A tel point que nous ne voulons plus descendre car c’est toujours pour mieux remonter et encore plus haut… Mais comment les rois des galeries n’ont pas poussé jusqu’à faire des tunnels !?!

Nous traversons plusieurs villages où l’industrie minière a été fleurissante mais ces derniers subissent aujourd’hui les effets dévastateurs des extractions massives du minerais d’argent notamment. Ce sont des villages quasiment morts que nous traversons. Nous sommes accueillis à Pulacayo dans une “maison des associations” où un plat de pois gourmands cuits dans un four en terre “fabrica en casa” nous est offert ! GRACIAS ¡ L’hospitalité bolivienne nous permet de dormir au chaud et à l’abri du vent !

  

Nous faisons ensuite étape dans un village (Ticatica) où la présence de touristes en vélo fait son effet. Nous trouvons refuge dans une pension après s’être pris une bonne pluie… La tente restera à nouveau bien sagemment sur Bob…

 

 

Le voyage à vélo nous ouvre certaine porte et nous avons ainsi la chance de partager la maison d’une famille dans le village de Millares. En effet, après nous être renseignés sur le prix d’une chambre (trop chère) dans une pension, nous partons dans l’idée de planter la tente plus loin. C’est alors qu’une petite voix nous interpelle “voulez vous dormir chez moi ?”, “Avec grand plaisir !”. Nous parlons de l’évolution du pays suite à l’élection, puis la réélection en  2009 de Evo Morales mais les campagnes et leurs richesses restent malheureusement la dernière roue du carosse. Comparativement à l’Altiplano, les campagnes sont plus riches ici car la présence d’eau et les températures sont favorables à la réalisation de jardin potager mais ces conditions ne semblent pas suffisantes.

 

Après deux jours de montagnes russes, nous atteignons la ville minière de Potosi à 4 070 m d’altitude… La “pépite sur le chariot” : nous arrivons par le bas de la cité et le coeur de la ville se situe 6 00 mètres au-dessus ! Arriba Arriba ¡

L’histoire de Potosi est entièrement liée au “Cerro Rico”, le “Mont Riche”, d’où le minerais d’argent fut extrait massivement (40 000 tonnes) pendant 4 siècles durant la période coloniale du royaume d’Espagne (1545 à 1825). Potosi était alors la cité la plus riche et la plus grande des Amériques et l’ensemble de la monnaie espagnole y était frappée. A l’époque de cette frénesie, plus de 80 églises furent construites et la population atteignit plus de 200 000 habitants, faisant de Potosi une des plus grandes villes de la planète !! L’autre face est moins reluisante… L’excavation de ce précieux minerais coûta la vie à de nombreux esclaves Indiens et Africains (8 millions) et aujourd’hui encore les mineurs travaillent dans des conditions extrêmement difficiles… L’espoir de tomber sur un bon filon persiste ! En 1987, l’Unesco a inscrit Potosi sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité en raison de son passé mouvementé et tragique et de sa somptueuse architecture coloniale.

Au détour d’une rue nous tombons nez à nez avec la gérante d’une des pensions où nous nous  sommes arrêtés quelques jours plus tôt. La joie de cette retrouvaille nous comble… Nous nous connaissons à peine mais nous sommes heureux de nous retrouver et de parler du quotidien dans cette grande ville !

 

La ville est propice aux excès et nous passons une bonne partie de notre temps à manger dans les restaurants populaires ou dans les marchés… un régal ! Nous flânons 2 jours dans cette ville minière puis nous partons en direction de la ville de Sucre. Nous nous renseignons sur l’état de la route et sur les difficultés à venir… notre quête nous fait partir la fleur au fusil car ” la route est asphaltée, plate au début puis après c’est une longue descente jusqu’à Sucre “. Une fois n’est pas coutume, nous retrouvons les montagnes “russo-boliviennes” pour 150 km… Ne jamais demander l’état de la route à des “non cyclistes” !

La tendance est tout de même à la descente et nous traversons un gradient de température remarquable. La transition entre l’Altiplano et les vallées verdoyantes nous donne une énergie incroyable. Petit à petit, nous retrouvons les couleurs caratéristiques des cultures extensives sur les plateaux (maïs, blé, quinoa, pommes de terres), les épines sur les arbres laissent place à de belles feuilles vertes et charnues, les fleurs multicolores recolonisent les bords de routes et une faune polyphonique nous accompagne. Les personnes que l’on rencontre sont chaleureuses et de nombreuses mains se lèvent pour nous saluer lors de notre passage… Nous quittons la rudesse de l’Altiplano ! A nous la verdure, les fruits en abondance et les températures plus clémentes… 

Par endroits, il semble que nous roulons dans les Alpes de Hautes Provence ou dans le Vaucluse, la lavande en moins ! Ici Manon des Sources porte un chapeau melon, de longues tresses et des jupons multicolores…

Cette descente pour Sucre est également l’occasion de tester le vélo sous la pluie… Avec une précision d’horloger, Dame Nature nous verse des trombes d’eau tous les jours en fin d’après midi… Forcemment, si la campagne est verte il y a bien une raison… Les fonds de vallons sont humides et les passages à gués se mutliplient ! Dans ces conditions Sandrine accepte volontier que Julien la porte pour traverser le ruisseau !! Ahhh l’Amouuuur !

 A notre arrivée à Sucre (2 750 m) nous traversons une ville occidentalisée loin de la vie des campagnes. Sucre est le coeur symbolique de la nation où fut déclarée l’indépendance de la Bolivie le 06 aout 1825. La Paz est le siège du gouvernement et des finances mais Sucre demeure la capitale constitutionnelle du pays. Nous découvrons une architecture coloniale constituée de bâtiments chaulés, de jolis patios fleuris et de nombreux parcs verdoyants… Sucre est également inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1991.

Cette fois nous jeterons notre dévolue sur les jus et salades de fruits… mangue, fruits de la passion, papaille, ananas… et de nouveaux inconnus !… un régal !! Nous profitons de cette ambiance durant 4 jours puis nous planifions un retour sur La Paz plus vite que prévu car un programme alléchant nous attend par là bas… A nous les hauteurs et la jungle !

La rudesse de Dame Nature !

Nous voilà au poste frontière bolivien, aux portes du fameux Sud Lipez, à des altitudes non concevables sous nos tropiques “francès”… Tous nos sens sont en éveil car une expérience unique se trouve maintenant à porter de pédales !!! Les pneus frétillent et notre cuir fessier entre en méditation pour ne pas subir ça ! Nous avons une pensée pour notre chère Carotte, amie d’enfance de sandrine mais aussi originaire de ce pays aux multiples facettes …

La douane est constituée d’une maison au milieu de nulle part où l’agent commence à nous dire qu’il faut passer par San Pedro de Atacama (Chili)  pour avoir le tampon du Chili car la Bolivie ne possède pas de frontière avec l’Argentine… Cela signifie un aller retour avec un dénivelé positif de 2 000 m en 40 km … Après une petite discussion, nous passons sans avoir le tampon chilien.. petit excès de zèle de notre ami douanier mais rien de compromettant ! C’est parti pour nos premiers coups de pédales en Bolivie : retour de la poussière, de la tôle ondulée et du sable !

Nous arrivons au refuge de la laguna Blanca pour payer l’entrée de la ” réserve nationale de la faune andine Eduardo Avaroa ” mais nous ne pouvons pas payer en dollars… “C’est pas grave on verra demain” nous dit le gardien du parc… super il n’y a plus qu’à trouver des bolivianos !

Nous nous installons dans le refuge en face de la “maison du parc” et nous nous renseignons pour faire l’ascension du volcan (éteint) Licancabur ( 5 960 m) le lendemain avec un guide … Nous faisons alors la connaissance de David et Sabrina, 2 jeunes docteurs de la région marseillaise  et Xavier un voisin allemand en voyage autour du monde. Eux aussi veulent s’essayer sur le sentier caillouteux de ce fameux volcan. L’équipe est constituée !

A peine 2 heures que nous sommes arrivés et nous prenons connaissance du programme du lendemain. Levés 2h30 pour être au pied du volcan à 3h30… durée estimative de la promenade : 7 heures de montée et 3 heures de descente, soit pratiquement 10 heures de marche… Nous dînons à 18h30 afin de nous coucher le plus tôt possible car le lendemain s’annonce rude. De fil et en aiguille, il s’avère que David et Sabrina peuvent nous échanger des bolivianos contre des euros !!!!! GENIAL, nous sommes sauvés ! Merci encore à Sabrina et David ! La nuit fut très courte car nous étions tellement excités à l’idée de gravir ce fameux Licancabur que nous n’avons dormi que 2 petites heures…

L’équipe “casse croûte” se retrouve le lendemain à 2h30, les yeux collés, la frontale sur la tête et une boule de feuilles de coca derrière les molaires : c’est parti ! L’excitation du départ est vite tempérée par l’altitude car à 4 500 m au départ, les pas doivent être lents et surs… A 5 000 m d’altitude, nous perdons Sabrina qui souffre du mal des montagnes… ” Pas grave Sabrina mais t’inquiète il y en aura d’autres à gravir !! ” David redescend avec elle puis nous continuons l’ascension avec Xavier (l’allemand) et notre guide. Nous sommes au top physiquement… incroyable ! Nous prenons un réel plaisir qui se trouve exacerbé lors du levé du soleil sur la laguna Verde et la laguna Blanca !

Après deux semaines de vélos en altitude, nous avons constitué un stock de globules rouges non négligeable… Nous sentons tout de même bien l’altitude car nous peinons à respirer et chaque pas plus important que l’autre nous demande un effort supplémentaire mais ça passe ! 5 400 m d’altitude, la troisième roue du carosse perce… “Le cochon est dans le maïs… ” Notre ami germain n’en peut plus, il a les jambes qui tremblent et ne peut plus mettre un pied devant l’autre ! Catastrophe !! Nous voyons une première crête à 300 m au dessus de nous mais le guide est catégorique : le groupe doit rester lié ! Nous avons profité de la voiture du groupe pour venir au départ de la rando et le groupe ne nous attendra pas en bas pour nous ramener en voiture au refuge (30 minutes de 4×4… soit 2h00 à pied nous explique le guide…). Nous sommes déçus mais c’était le ” deal “… Nous n’atteindrons pas les 5 960 m cette fois ci ! Pas grave, on se rattrapera plus tard dans les Yungas au dessus de La Paz !!!

Le lendemain nous nous remettons en selle pour aller user nos montures et notre cuir fessier sur la tôle ondulée… GRANDIOSE… Nous découvrons des lacs d’altitudes multicolors (laguna Verde et laguna Blanca), des flamands roses et de nombreux autres oiseaux inconnus au bataillon…

Le paysage est uniquement minéral et quelques sommets retiennent les neiges éternelles… Nous oscillons entre 4 200 m et 4 800 m mais très peu de sommets sont blancs car le taux d’humidité sous ces latitudes n’est pas suffisant pour qu’il y ait de la neige !

L’horizon est constitué de strates multicolores et de nombreuses vigognes viennent gambader avec nous le long de ce désert de cailloux !

   

Notre équipée sauvage traverse des salars et des zones géothermales où nous profitons d’une source d’eau chaude pour nous relaxer ! Nous barbottons dans une eau à 40 ºC jusqu’à ce que notre peau soit toute flétrie… Mmmmhhhhh !

Nous nous retrouvons dans un des seuls endroits habités à des kilomètres à la ronde et nous avons été autorisés à dormir dans une auberge… un endroit à l’abri du vent et du froid ! Nous commandons un repas et nous nous régalons d’une soupe puis d’un steack de lama avec des légumes : un régal pour 1,5 euros … seul hic, la chaîne du froid… A notre arrivée la pièce de viande attendait gentillement de prendre un coup de couteau sur le rebord de la fenêtre et elle retrouvera sa place après le repas !

Le lendemain matin c’est la cohut !! Il est 6h00 du matin, 3 4×4 sont garés devant la maison et les touristes font trempète en attendant le levé du soleil ! C’est alors que 2 autres 4×4 arrivent pour prendre la place des premiers tandis qu’ils viennent prendre le p’tit dèj dans notre chambre… C’est l’usine et pas un gringo nous dit bonjour… l’ignorance totale… c’est moche ! Nous partons à 8h00 alors que d’autres 4×4 arrivent…

Nous atteignons les 5 000 m d’altitude et traversons une zone où les geysers ont décidé de rajouter des touches de couleurs pastelles aux horizons minéraux déja bien colorés. La zone est en pleine activité et de nombreuses fumerolles odorifères s’échappent des antres de Dame Nature… A ce stade, nous subissons plus l’altitude et nos montures nous demandent d’avantage pour continuer sur ce sentier… c’est dur, il est temps de redescendre !… et là, C’EST LE DRAME… La cabane tombe sur le chien… Dans notre descente frénétique sur une tôle ondulée couverte de cailloux, Tornado est tout frein dehors quand un bruit sec claque sur son train arrière… Le dérailleur est éclaté en 3 morceaux et est remonté le long de la roue… Il ne manquait plus qu’il passe au travers des rayons et le chien était mort… ! Il est 15 heures, nous sommes à 4 800 m d’altitude, à 30 km du prochain refuge, le vent est réveillé depuis un moment et il forcit… Mac Gyver où es-tu ?

 

Nous voyons un 4×4 au loin qui arrive vers nous… Oh joie ! Une fois à nos côtés, les occupants du 4×4 et le chauffeur constatent dans quelle mer_de nous sommes et c’est à ce moment précis que le chauffeur nous demande de l’argent pour pouvoir rapatrier le vélo au prochain coin habité !!!! Ce chauffeur a bénéficié d’un état de fatigue avancé de notre part car un excès de violence aurait pu nous envahir et vider le 4×4 de son chauffeur… Bref, ce dernier repart et nous laisse en plan au milieu de notre désert de cailloux. C’est alors que tel un chef d’orchestre devant son harmonie, nous sortons la trousse à outils et Tornado subit une ablation du dérailleur à chaîne ouverte… c’est une boucherie ! Nous repartons 1 heure après le drame, Tornado est monovitesse (2 ème plateau et 3 ème pignon pour les puristes) et il va falloir que l’opération tienne jusqu’à la laguna Colorada située à 30 km de tôle ondulée plus loin. Courage Sandrine !!!!

A ce stade le ” vers est dans le fruit ” et nos nerfs sont à fleur de peau.. L’effet des secousses sur la monovitesse de Tornado est radicale : un coup la chaîne saute sur la vitesse du dessous et se retrouve complètement détendue, à l’autre secousse la chaîne se retrouve sur le pignon du dessus tendue à la limite de la rupture… Il faut alors desserrer la roue arrière pour détendre tout ça et descendre la chaîne… un régal pendant 30 km ! A 3 km du refuge c’est au tour du porte bagage de Tornado de rendre l’âme… il est temps que la journée s’arrête… Nous atteignons le refuge à la tombée de la nuit, 10 heures après notre premier coup de pédale du matin ! A notre arrivée, nous nous renseignons sur les possibilités de sortir de ce “no man land”. Nous n’avons plus qu’à reprendre le chemin pourri de 10 km que nous venons de franchir péniblement pour atteindre un croisement où les 4×4 qui reviennent du Chili pourraient avoir des places disponibles en direction de Uyuni (la ville la plus proche)… La journée du lendemain s’annonce compliquée, nous nous couchons rapidement en touchant le moins de chose possible au cas où…

Levés 6 heures pour être le plus tôt possible à ce fameux croisement et ainsi mettre toutes les chances de notre côté… A 8h30 nous sommes au croisement et nous hélons un pick-up ! ? notre sauveur ¿ 4 jeunes boliviens sortent du véhicule et nous indiquent qu’ils sont d’Uyuni (l’eldorado du dérailleur ?). Ils sont de passage “en touriste” dans le secteur puis retournent sur Uyuni après la visite de la laguna Colorada ! SUPER ! On charge tout le matériel à l’arrière du pick up et ” en avant Guingamp “ ! Ils roulent vite et nos vélos subissent de sérieux dommages… Nous sommes tendus mais dans cette situation nous n’avons rien à dire… 20 km plus loin, ils nous laissent à côté d’un refuge encore plus perdu que le premier (à ce stade, notre avancée de la journée est négative…) et nous disent qu’ils reviennent dans 1h30, le temps de visiter le coin ! Très bien, nous nous installons et constatons les dégâts (minimes) sur les vélos. La longue attente commence… 2 heures passent puis 3, puis 4… le vent se lève et nos espoirs de revoir ces 4 jeunes Boliviens s’envolent avec lui. Le vers à consommer les 3/4 du fruit… Nous resterons donc 1 nuit dans l’habitation devant laquelle nous avons été déposés 8 heures plus tôt et nous trouverons un autre véhicule pour nous ramener au coin stratégique où nous étions le matin même moyennant finance… Nous sommes aux anges !

La situation est incroyable, nous sommes “prisonniers” dans un des sites les plus beaux du Sud Lipez ! La laguna Colorada est magnifique et change de couleurs sous nos yeux au fil de la journée (nous avons le temps de l’observer du matin jusqu’au soir…).

Les flamands roses et les lamas en tenue de carnaval défilent devant nous mais nous sommes amers…

Cette traversée du Sud Lipez était notre petit graal… notre peur et notre adrénaline mais nous sommes coincés ici avec un vélo sur le flanc… c’est dur de ne pouvoir continuer cette fameuse traversée et notre état de fatigue ne nous permet pas de relativiser sur le moment. Vivement qu’on sorte de là et qu’on voit comment nous pouvons gérer ce problème majeur de dérailleur…

A j+2 de galère, notre chauffeur nous dépose au poste de gardien du parc à 9 heures. Une nouvelle attente commence… Nous sommes face à face avec 2 gardiens du parc qui constatent, eux aussi, que ce n’est pas le meilleur endroit pour ce genre de panne ! 3 heures passent et un 4×4 avec 2 places libres se pointe devant le poste de garde : nos sauveurs ! Nous veillons au grain, chargeons correctement tout le matériel et nous voilà partis pour 5 heures de voitures direction Uyuni. Une première chose de faite !

Arrivés à Uyuni, la recherche du dérailleur commence… 1, 2, 3, 4 bicicleterias mais nous ne trouvons que des dérailleurs chinois qui ne permettent d’utiliser que la moitié des vitesses de Tornado… Nous cherchons des infos sur Internet et trouvons du soutien technique (merci les Globi !) mais pas de dérailleur jusqu’à ce que nous tombions nez à nez avec deux vélocipèdes couchés qui passent devant nous au même moment où nous sortons du cyber café !! INCROYABLE ! Nous les interpellons et il s’avère que ces drôles d’energumens sont français et connaissent l’individu avec qui nous étions sur Internet 1 minute plus tôt !! Le monde est petit ! Ce fabuleux hasard nous fait donc croiser Anne et Hadrien qui sont en cours de tour du monde en vélos couchés - www.veloptimistes.com  – et comble de la magnificitude (il n’y a pas de superlatif pour qualifier ce moment !!) ils ont un dérailleur supplémentaire dans les sacoches !! Muchas Gracias comme jamais les amis !¡ Nous passons une superbe soirée à parler de voyage et… de vélos. Un bivouac est prévu le lendemain soir ensemble au bord du Salar d’Uyuni mais une superbe crise intestinale nous colle au lit et nous prive de ce moment ! Pas grave le rendez-vous est pris pour plus tard sur le parcours pour un superbe bivouac !

2 petits vélos face aux éléments naturels

Les sacoches sont bien bombées, Bob (remorque) est également ventru et notre moral est au beau fixe. Nous souhaitons profiter pleinement de nos derniers cents kilomètres en Argentine et le passage d’une frontière en vélo nous fait assez rire … Bonzaï !

Nous partons tôt, sous un beau ciel bleu et nous observons le changement de couleur des roches et des vallées au fur et à mesure de notre lente ascension vers le Paso de Jama, poste de frontière Argentin situé à 4 200 m d’altitude.

 

L’équipée sauvage pèse pratiquement 100 kg sans compter les c_uls tannés… Autant vous dire qu’on a le temps d’apprécier le paysage ! Nous découvrons des fermes en pisés cachées à flancs de montagnes où les lamas attendent le départ vers les grandes étendues dans leurs enclos fait de cailloux empilés. Ici, pas de tatouages ou de puces électroniques pour reconnaitre son troupeau, les oreilles des lamas ainsi que leur poitrail sont marqués par des morceaux de laine de couleurs différentes… c’est tous les jours carnaval pour les lamas !

Plus nous montons, plus la végétation se fait rare et le minéral devient roi. Nous sommes à nouveau émerveillés par la multitude de couleurs dont peuvent se parer des pans entiers de montagnes… Ajouter à tout ça une tectonique des plaques caractérielle et le décor est posé… (petite note à but instructive : la cordillère des andes grandie encore !).

Notre petit bonhomme de chemin nous amène à descendre de temps en temps et nous traversons alors une autre spécificité de la région : les salars… de grandes étendues de sel formées par l’évaporation d’anciens lacs qui se retrouvent maintenant perchés à 4 000 m d’altitude… Les pluies viennent les alimenter en période hivernale puis le soleil et la sècheresse ambiante tout au long de l’année viennent sécher tout ça. Les salars sont exploités (extraction de sel…) et la majorité de la production est exportée. Le “reste” est utilisé par les autochtones comme monnaie d’échange lorsque ces derniers descendent dans les marchés des vallées environnantes.

Nous mènerons ainsi Sétoudroit, Bob et Tornado jusqu’au Paso de Jama, poste frontière entre l’Argentine et le Chili… notre second eldorado après Susques (l’eldorado discount) puisque c’est là que nous allons pouvoir changer nos euros en dollars voir même en bolivianos !!!! Nous arrivons assez tôt pour gérer toute notre petite affaire dans les meilleures conditions et hop direction l’administration des douanes pour aller changer nos sous et pour savoir s’il y a des formalités à remplir… la réponse est brève, catégorique et rapide : NON, ils ne changent pas les euros et ne délivrent pas de dollars…

C’est là qu’il est important de décrire le lieu où nous sommes… Nous sommes à 4 200 m d’altitude en pleine poussière, il y a un vent à « décorner les boeufs » (petite expression populaire bien de chez nous !) et les habitats en durs se résument à un poste de douane, une station service et des maisons en pisés… Nous nous calmons, nous respirons par le nez et nous élaborons notre plan de secours qui doit être relativement efficace puisqu’il nous reste 23 pesos argentins (soit 4,5 euros) et que notre moyen de locomotion ne nous permet pas d’aller voir dans la ville la plus proche qui se trouve être Susques…

Le changement des euros en dollars :

Premiers interlocuteurs : les agents de la station service… Ils ont des dollars mais ils ne peuvent pas récupérer les euros, seulement des pesos argentins. Dans un élan de générosité et dans un esprit cartésien devant l’éternel, ils nous proposent un taux de change à faire pâlir Bernard Madoff… Nous mettons un terme à ce commerce par un beau « Nous allons réfléchir »…

Deuxièmes interlocuteurs : les camionneurs Uruguayens et Paraguayens stockés avec leurs camions derrière la douane… Ils ont quelques dollars mais pas assez pour nous satisfaire ! Un des camionneurs est connu pour être « le banquier » et 3 minutes plus tard nous nous retrouvons dans son camion pour nous expliquer. Il nous propose de racheter les euros en pesos argentins à un taux « intéressant » (le taux est plus intéressant que celui des disciples de Descartes à la station service) mais si nous ne souhaitons pas « dealer » avec lui ce n’est pas grave…. Par contre, ils sont très renseignés et intéressés par la diversité culturelle des prostituées en Europe et particulièrement à Paris. Nous passons ensuite un moment convivial à discuter de nos vies autour d’un maté puis nous repartons à la recherche des billets verts.

Retour à la station service où la calculatrice du téléphone portable fume… C’est alors qu’une voiture s’arrête à côté de nous, intriguée par le fait de voir des vélos ici… Nous commençons à discuter puis nous leur demandons s’ils n’ont pas des dollars à changer… réponse positive… nous voyons le bout du tunnel après 3 heures de recherche !

Nous réitérons cette démarche à 3 reprises et nous nous en sortons avec 200 dollars en grosses coupures (2×100 dollars) !! Génial, avec ça nous pouvons entrer en Bolivie, traverser le Sud Lipez en vélo et atteindre Uyuni où il y a des distributeurs !! Nous poussons le vice jusqu’à vouloir des billets en petite coupure car nous nous voyons mal payer un paquet de soupe lyophilisée et une boite de sardines avec un billet de 100 dollars en Bolivie… Nous coupons court aux démarches avec nos différents interlocuteurs pour arriver à la cerise sur le gâteau… Ce sera un agent (en service) de la douane argentine qui nous arrangera le coup en cachette derrière le bâtiment de la douane en contre partie de l’envoi d’un parfum de France… Nous pousserons même jusqu’à aller vérifier si les billets ne sont pas faux avec un de ses collègues. Après avoir bien regardé le billet et passé le doigt dessus, il nous certifie que ce sont des vrais…

Nous sommes heureux, nous avons nos billets et le taux de change a plutôt été en notre faveur !

Mais comment vit notre chère équipe “casse croûte” dans ce fameux décors ? … et bien elle SURvit !¡

Une fois sur nos montures avec un petit déj’ dans le ventre, tout va bien et nous pouvons profiter du moment présent jusqu’à la pause déjeuner… mais il y a un monde entre ce moment là et le début d’après midi…

Les gradients de températures atteignent des records de 40ºC entre le réveil et le milieu d’après midi… nous utilisons « toute » notre garde robe ! Au réveil (6h30) la tente et les selles sont gelées et à 14 heures nous sommes en short…

L’autre élément perturbateur, c’est le VENT !!!!!!!!!!!! Nous découvrons les rudesses de Maître Eole tous les jours à 12h30… il n’y a pas de bise annonciatrice de la mauvaise nouvelle, pas de feuilles qui tournoient et volent au vent (et oui, il n’y a pas d’arbres !) … Il arrive d’un seul coup, de l’ouest donc de face pour nous… Nous évoluons donc courbés face au vent, un devant et l’autre derrière à l’« abri »… Il n’est pas rare de pédaler dans les descentes pour ne pas reculer ! Les rafales doivent avoisiner les 80 km/h et nous sortons les boules Kies pour ne pas devenir fou avec ce bruit incessant… INCROYABLE… et épuisant !

  

Vers 16 heures un nouvel objectif nous préoccupe : la recherche d’un endroit pour poser le bivouac ! Seulement, au milieu d’un désert de cailloux et de sables, lissé à la perfection par le vent, les sites abrités sont rares… très rares ! Nous utiliserons des carrières d’extraction, des miradors et des passages pour la pluie sous les routes pour nous réfugier… Ces lieux nécessitent parfois de pousser un peu la journée et ce sont les 10 ou 15 kilomètres les plus longs de l’existence… Nous sommes tendus, le vent nous hurle dans les oreilles et le tente fait la montgolfière à chaque fois que nous tentons de la fixer au sol… Ajouter à ça, un sol sableux et vous obtenez une tente fixée aux vélos et à la remorque car les sardines sont éjectées en l’air à chaque rafale… un régal ! Le sable s’invite à notre repas et nous constituons de petites dunes sur nos sacs de couchage. Le matin, la chanson est différente. Le vent a disparu mais le thermomètre affiche -10ºC et nos petits corps encore endormis doivent vite s’activer pour se réchauffer.

La journée du 25 mars sera une de ces journées type… dur dur le passage aux 31 ans pour Julien mais heureusement que la chaleur de notre toit de fortune et un dessert maison nous feront oublier tout ça ! (Merci aux nombreux mails et commentaires pour fêter l’anniversaire !)

Après 3 jours à pédaler en territoire chilien entre 4 200 m et 4 825m, nous apercevons le fameux volcan Licancabur et la laguna Blanca… prémice du Sud Lipez bolivien…

Nous savons que nous allons quitter le bitume pour un chemin de terre qui devrait partir sur la droite à environ 4 600 m d’altitude mais une fois sur place plusieurs chemins se distinguent et aucun panneau n’indique la Bolivie… ” Bon et bien ça doit être par là… ! ” Effectivement, 5 km plus loin nous arrivons au poste de frontière de Bolivie. Nous sommes épuisés mais heureux de trouver ce tout petit bâtiment sur lequel flotte le drapeau vert, jaune et rouge… On y est ! A nous le Sud Lipez et la Bolivie !

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